Lady's profilebravo les gensPhotosBlogListsMore ![]() | Help |
|
bravo les gensLe blog qui dit tout haut ce dont tout le monde se fout tout bas June 28 la peine de mort J'avoue avoir été moi-même surprise lorsque j'appris, par ma délicieuse amie qui est mon lien avec le monde extérieur, qu'il existe, en ce jour, en ce lieu, en ce pays, en cette aire, des personnes, saines, amicales, sympathiques, douées d'intelligences acceptables, qui sont, pour des raisons simples, raisonnées, dénuées de haine, de bave et de vengeance, pour la peine de mort. De là on voit cet optimisme que donne un acquis. Un acquis social, en l'occurrence, ne perdons pas une occasion de placer ce couple de mots si populaire. Lorsque j'appris cette énormité, je suis tombée de ces nues dans lesquelles j'ai fait mon petit nid et dont je n'aime pas être arrachée. Leurs raisons? rien que de très simple. Un mort ne peut pas récidiver, ou alors c'est un remake de la Nuit des Morts-Vivants et le débat politique passe au second plan. Et aussi, nos prisons sont pleines à craquer, et tuer un prisonnier, par-ci, par-là, est un bon moyen de libérer un matelas dans ces cellules où les autres détenus pourront enfin s'étirer en soupirant d'aise, marmonnant qu'en prime celui-là puait des pieds. Rien que de très logique, pas le moindre petit soupçon de trace sanguinaire. Donc, l'amoureux de la chaise a raison. CQFD. Parce qu'il ne faut pas oublier ce détail: l'exécution d'un prisonnier est une mort utile. Ca doit servir à quelque chose. On n'est pas des Texans, non plus, hein. On est pour la peine de mort, mais on n'est pas des sauvages. On ne va pas électrocuter dans le tas, hein, et pis faut penser à la dépense énergétique. Et pour prouver qu'on est des sages, on en rajoute. En plus d'avoir prouvé qu'un mort, c'est super utile, on ajoute que non seulement on a l'esprit Pratique, mais qu'en plus, on a de la Morale. Et c'est là qu'on sort le pédophile. Ha! que c'est pratique, un pédophile! comme on s'ennuierait dans les soirées s'il n'était pas là! En vérité, je vous le dis: si le pédophile n'existait pas, il faudrait l'inventer. Parce que s'il y en a bien un qui mérite de mourir, c'est le pédophile. Ha bah voui. C'est ZE cadavre ambulant par excellence. Si on est contre la peine de mort, c'est qu'on est pour le viol des petits enfants. C'est un cas à part. On peut être contre la mort des assassins, des sadiques, des détourneurs de fonds publics sans être pour autant pour le meurtre, le sadisme et la politique, mais pour la pédophilie, ça marche pas pareil. C'est comme ça, je vais tout de suite vous expliquer pourquoi. Pourquoi qu'il mérite de mourir, le pédophile? parce que c'est un gros méchant, le boss de fin de niveau du grand jeu de la cruauté. On est tous d'accord. Et aussi, parce que le pédophile, il a ça dans le sang. Y'a rien à y faire. Dès qu'il va mettre le nez dehors, il va recommencer. Alors pourquoi ne pas simplement le laisser enfermer? Tain, mais tu suis rien! pense un peu à ses co-détenus qui en ont marre de ses odeurs de pieds! Et aussi, et surtout, pour faire Justice. (notez la gradation dans les mots en italique.) Parce que le petit enfant qu'il a été violé, il est mort. Et oui. Ho, pas mort pour de vrai, hein, il bouge, il mange, il va à l'école, il joue au ballon, mais il est mort. Personne, personne ne peut se remettre d'un acte pédophile. C'est bon, il est foutu. Bon à jeter à la poubelle. C'est pour ça que la pédophilie, c'est pas pareil. Parce que les meurtriers, au moins, ils épargnent à leur victime la souffrance, vu qu'elle est morte. Quant à la famille, ben, tout le monde sait comment faire un deuil, depuis le temps que les familles existent...Tandis que la pédophilie, c'est tout nouveau, tout neuf, on sait pas quoi en faire, ça tout juste d'être découvert, y'a pas encore des rayons entiers rempli de livres à la couverture chatoyante, manuel du parfait petit abusé. Non non. L'enfant violé, non seulement il est mort, re-non re-seulement, il souffre, mais en prime, personne ne peut le soulager parce que personne ne sait comment faire. Parfois, on le refile au psy comme à une nounou, et encore, seulement s'il a des parents intelligents, et là y'a plus qu'à prier pour que le psy le soit aussi, et lui demande pas s'il a chercher à se faire violer parce qu'il refoule son homosexualité (authentique). La plupart du temps, on attend qu'il règle son déséquilibre physique, le fait d'être un mort dans une peau de vivant, tout seul comme un grand, en se suicidant, par exemple, ça, c'est bien, ça n'étonne personne qu'un abusé se suicide, limite si on n'est pas soulagé. C'est comme l'euthanasie. Tient, si on l'exécutait avec son agresseur, ce serait limite un acte de charité. Parce qu'il y a ça, aussi, désolée pour la digression: il est si clairement acquis qu'une victime de pédophilie, ou de viol en général, est condamnée à errer dans les noirceur de la dépression la plus profonde toute sa vie et à ne jamais connaitre la moindre parcelle de bonheur, que si par hasard cela arrive, c'est suspect, on la soupçonne: ça ne l'a pas assez traumatisée. C'est de là que vient cette rumeur qu'un homme abusé dans son enfance abusera à son tour. Ca arrive. Dans un cas pour dix mille, à peu près, j'ai plus les chiffres exacts en tête. Mais à en croire la sagesse populaire, qui aime le gore et n'aime pas se le voir confisquer, qui ne passe pas sa vie sur le fil du suicide est un criminel. On lui en veut. C'est pas normal. Il réagit pas comme il faut. Gardons un oeil sur lui. Pour le petit rappel: pour une classe moyenne de trente enfants de moins de dix ans, un des enfants a été violé dans les six derniers mois. Une mineure de moins de quinze ans sur quatre a été déjà été violée, pour un ado sur six. Le chiffre augmente sensiblement après 15 ans, c'est logique. Je suppose que vous connaissez plus de trois femmes dans votre entourage. Ou plus de six hommes. Faites-moi plaisir: la prochaine fois qu'on sort le pédophile pour diner, et que votre voisin vous énerve à dire qu'on peut parfaitement s'en remettre, qu'une victime ne souhaite pas forcément, voire très rarement, la mort de son agresseur, et que vous vous offusquez sur le manque total de morale et d'empathie de l'importun, et que commence à poindre en vous le soupçon que votre interlocuteur a peut-être des pulsions refoulées, souvenez-vous: il se peut très bien qu'il sache très bien de quoi il parle. Sans doute beaucoup, beaucoup mieux que vous. Bon, où en étais-je. Ha oui, la peine de mort. Ca fait tellement longtemps qu'on l'a pas vue, celle-là, qu'elle ne fait plus peur. Ca donnerait presque une petite touche exotique aux pays lointains. Le problème de la peine de mort, c'est le problème de la nature du mal. Pas du mal commis, pas de la faute, mais du mal, le concept de mal, le Mal, voilà, avec une majuscule on y voit mieux. Styron le dit superbement bien, et je suis toute frustrée de ne pas avoir ses volumes sous les yeux pour pouvoir le citer. Il existe deux Mal; non, pas de faute d'orthographe; il n'existe pas deux maux cohexistants, mais deux idées du Mal, deux natures possibles pour le Mal unique, que l'on pourrait baptiser ainsi: le Mal-Vivant, et le Mal Parasite. Styron, que n'es-tu ici! c'est quoi ces noms à la con que je ponds! Heureusement me reste en mémoire cette phrase: "il y a vingt ans, on aurait presque pendu un gamin pour avoir volà dix sous de bonbons." En effet, et beaucoup plus qu'une illustration des principes d'éducation de l'époque, c'est une image de la manière dont on voyait le Mal, en l'occurence le Mal-Vivant: le gamin n'a pas fait une mauvaise action, il est mauvais. Il faut le corriger, non pour qu'il apprenne, mais pour l'étouffer, le réprimer, pour ne pas qu'il laisse s'exprimer sa nature pervertie et limiter son influence sur le monde extérieur. C'est dans ce concept, le Mal-Vivant, que la peine de mort prend racine. En tuant le malfaiteur, le malfaisant - comme ces mots ont perdu de leur ampleur, de leur pouvoir, de leur terreur! c'est tout juste si à présent ce ne sont pas des synonymes de "voyous" - on tue le mal lui même. C'est une sorte de conception misanthrope du Mal : le Mal nait des hommes. Non de leurs erreurs, de leurs confusions, de leur ignorance, mais de leur nature même. Le Mal ne peut qu'être humain. L'humain est mauvais. Puis est arrivée la psychologie sur son beau cheval blanc. La psychologie qui a mis des mots bien ordonnés, bien jolis, bien polis, sur cette espèce d'intuition du Mal-Parasite, pratiquée depuis des lustres dis reculés, dans des pays dit barbares, où l'on coupe la main de celui qui a volé. Le Mal n'est pas dans la personne, dans la nature de l'individu coupable, mais dans une partie de lui qu'il n'arrive pas à contrôler. Ce n'est pas lui le coupable, c'est sa main, ou alors c'est la tentation de voler, et l'amputation n'est plus une punition, mais un soin. Les circonstances atténuantes, les injonctions de soins, l'irresponsabilité, sont autant de recherches, de localisation du Mal: dans l'enfance, dans une névrose, dans les circonstances, dans un QI du niveau de la température ambiante. La punition ressemble à un exorcisme: on enlève le Mal, et on retrouve un être humain tout propre. C'est ainsi que naquirent les Monstres. Celui qui n'a aucune circonstance atténuante, ou, pour dire plus précisément, chez on n'arrive à trouver aucune explication à l'acte pour nous rassurer, sont qualifiés de Monstres: éjectés du monde des humains, adoptés par une nouvelle espèce, ils laissent l'humanité vierge, immaculée. La psychologie est un magnifique cantique chanté aux louanges de l'être humain. Où l'on voit que l'une et l'autre définition du Mal, les seules que notre esprit étroit ait réussi à faire naitre, sont aussi connes l'une que l'autre. Alors, pourquoi choisir? pourquoi fustiger la peine de mort, qui ne serait après tout qu'une question de point de vue? Parce que le Mal-Vivant répond à une logique essentialiste. Cette terrible tentation de définir l'autre par un mot qui ne nous est pas appliqué, et que sa nature découle de ce mot. Comme "Noir". Ou "Homo". Ou "Juif". Nous ne sommes pas capable de définir le Mal, acceptons cette faiblesse. Mais nous sommes capables de trouver, entre les deux propositions, laquelle est une plus mauvaise idée que l'autre. La vérité, c'est bien beau, mais quand elle nous échappe, il faut faire un choix. Oui, je sais, ça ressemble un peu à "pique-nique-douille-c'est toi-qui-douille". Mais si la nature du Mal reste un grand mystère, la connerie humaine est bien visible, elle. October 29 question existencielle Pourquoi les lingeries vendent-elles des lots de culottes assorties alors qu'a priori on n'en porte qu'une à la fois? October 23 le quatrième mondeBonjoir les gens. Oui, je te dis bonjour/bonsoir, gens.(que je compacte comme un César bourré; essaye, gens, tu verras, en société, ça fait jeune drôle décontracté, sauf quand tu ne le fais pas exprès, à l'instar l'un de mes lecteurs les plus ... heu...lui-même qui se reconnaitra surement, quitte à prendre un miroir.) Ca n'était encore jamais arrivé, je sais que ça ne te manquait pas, et à moi non plus, d'ailleurs. Alors pourquwhy ces salutations? Parce que je m'avise de l'état d'abandon avancé de ce blog qui n'en a plus que le nom, et le vide. Ce qui en fait un blog très réussi, car à l'exact reflet de sa pourvoyeuse de mots. Mon cerveau est vide, ma vie est vide, mon compte en banque est vide, mon verre de thé est vide; et j'avais pas envie de te parler, toi, gens. Et en plus le thé dont je viens de reremplir mon verre est froid. Ho, je sais, tu commences à en avoir marre de mes longs monologues bouffis de fausse dépression même pas drôle parce que j'ai même pas 15 ans et que je ne me scarifie même pas au ciseau en plastique bout-rond piqué au petit frère qui entre au CP. Je sais, je pourrais faire un effort. Je songeais à me faire tatouer un coeur sanglant au stylo bic mais je me suis dégonflée. Merci de ne pas me juger. En plus, je me fous légèrement de ta gueule. Ma période de vide s'estompe dans la brume éthérée au parfum d'autrefois où je vois encore la hanche habillée de soie rouge d'une muse au regard mutin qui se dérobe à mes baisers et qui s'éloigne, fière et insaisissable, ce qui est bien dommage parce que je vous l'aurais bien saisie par quelque part la petite coquine, moi je vous le dis. D'où ma présence ici. Nan, je viens pas te parler de la bonne femme, arrête de la suivre des yeux elle va pas aimer, et pis tu vas te faire braquer par un agent Smith. Un peu d'attention s'il te plait. Juste: écrire. Encore, et toujours, tout se ramène à cela: écrire. J'ai un certain gout pour l'apnée. Celle des plongeurs. Celle où il faut se vider de tout pour atteindre l'obscurité, le silence. Un autre monde dont on risque de ne pas revenir. Un monde où on ne sait plus qui est soi, qui est l'autre, qui est l'eau, s'il y a eu un air. Même l'appel, l'attente, le désir du vide n'est plus, car le vide est là, en nous, autour de nous. Un merveilleux autisme où nous sommes même indifférent à nous-même. Quand on est perdu, on cherche la première chose qui nous tombe sous la main: soi. Toujours ce vide si cultivé et désiré me fait peur. Et toujours, pour y échapper, je me cherche. Et me trouve. Et je remonte à la surface parce que je suis grave casse-couille, chiante et stupide, et en plus je suis si hautement suffisante que je suis persuadée mériter meilleure compagnie. A la surface, il y a des mots, et mes mots m'entourent et me remplissent, et me cachent à moi-même. Papillons fantastiques. Petite, j'avais moins besoin des mots. Car j'avais énormément d'imagination. Depuis que je n'ai plus rien à dire, parler devient vital. Je ne veux pas rester toute seule. Si tu n'as pas vu ce film, "créatures célestes", je te le conseille chaudement. Peter Jackson fait un peu tout et n'importe quoi, et sur ce coup là, il a fait un film. Les deux magnifiques héroïnes y trouvent la clé pour le Quatrième Monde. Ce n'est pas vraiment le monde intérieur, absolument pas le monde extérieur, sans doute un frère du monde imaginaire. Le Monde auquel on accède par un portail dans les nuages. A ce stade du film, j'ai du mettre sur pause pour bien chialer comme une buse (je ne sais pas si les buses chialent, mais si c'était le cas, elles ont un nom tellement con qu'elles le feraient comme ça.) Mon Quatrième Monde me manque atrocement. Je l'ai usé, je l'ai partagé, et on a finit par m'en piquer les clés. J'ai un énorme vide en moi, ce vide que le Monde a laissé. Je rejoins le vide en espérant y retrouver la trace, l'adresse, le bon nuage. Je ne cherche pas l'enfance, non. J'ai détesté être une enfant. On dit de ceux qui ont eu une enfance malheureuse qu'ils sont tombés dans une mauvaise histoire, un mauvais roman, tombés comme une perle dans une flaque de boue. Tiré la mauvaise carte. Follement romantique. Il y a certains enfants qui sont leur propre malédiction. Qui portent leur enfance en dehors, à bout de bras. J'aurai aimé pouvoir dire "toute petite, je savais que je n'étais pas comme les autres." Comment que ça aurait fait classe! C'est drôle, comme avec l'âge, le temps, "pas comme les autres" sonne si bien. Comme on en déduit que le pas-comme-les-autres avait un pouvoir, un talent, un génie qui l'éloigne de la masse en le décollant du sol. Adulte, la différence est supériorité. La vérité, c'est qu'adulte, on est si surpris de voir ses mains pleines d'une vie qui nous appartient si entière, qu'on en cesse de voir celle des autres, et on se sent différent parce qu'on n'a pas encore vu qu'on était juste seul. La vérité, c'est que tout ce qui nous aide à nous définir par rapport à l'autre, tout ce qui est notre identité, tout les mots qu'on peut se coller sur la poitrine sont chéris car nôtres et non leurs. La vérité, c'est que j'avais déjà 13 ans quand j'ai commencé à observer les gens de mon âge pour pouvoir les imiter. Pour avoir quoi? Des amis, sans doute. L'enfance est égoïste: elle veut ce que les autres ont, et cache ce qu'elle possède déjà. Par survie, aussi: quand mes camarades ont vu que j'écrivais des poèmes, ils ont pris mon cahier pour les brailler en classe, dispersant les feuillets, tandis que je courrais après eux en hurlant. Non, je n'avais rien de la digne enfant au joues sales et aux vêtements usés mais propres se murant dans un silence bienveillant, pleurant sur l'ignorance et aveuglement de ceux qui la maltraitaient et dont, dans le secret de son coeur pur, elle avait pitié . Ho non. Je les détestais, ces sales petits cons. J'aurai voulu les voir crever, ces jours où ils avaient fait si fort que je n'avais plus envie de les voir devenir sympa avec moi. Je pense que c'est de là qu'est venue ma certitude divine qu'il existait un Livre. Un Code Secret qui faisait que certaines personnes s'entendaient entre eux, avaient des amis, n'étaient pas moqué et surtout, ne commettait pas l'indécence d'écrire des poèmes. Et à la vérité, ce langage existe, car je l'ai appris. Ho, ce n'était pas la panacée, non; j'avais toujours un sale accent, une prononciation boiteuse, qui me trahissait. Alors, j'ai menti. Je ne pouvais pas être eux? très bien, je serai autre chose. Tout, sauf moi. Et c'est là, là, quand j'ai enfin renoncé à être comme eux, et que j'avais encore assez de lucidité pour maintenir ma vraie nature à distance, là que j'ai connu cette sensation chaude, liquide, transparente, celle que donne l'impression d'être aimée. J'ai eu des amis, des gens à qui parler. Même..un groupe. Un groupe d'amis, luxe inaccessible. Et j'avais le droit de parler. Et j'avais le droit de plaisanter. Mes amis m'étaient reconnaissants de ne pas tenter d'être moi-même, d'emprunter l'humour à d'autres, d'inventer des aventures imaginaires qui les préservaient heureusement de la mienne vie. Il y en avait une, surtout. Un soleil, une danse, un tournoiement, et des rires! Des rires! Quelle était belle! Quelle était blonde! Comme elle avait l'air d'une fille! Ce n'était pas à elle, ho non, surement pas, à qui on aurait dit "pardon monsieur" dans la rue. Elle était trop flamboyante, trop dansante. Elle transportait avec elle de cette lumière qu'on croirait soufflée d'un ange. Elle était si légère alors que j'étais si lourde, si belle alors que j'étais si gauche, si lumineuse alors qu'au fond de moi n'étaient qu'obscurités. Elle n'était pas très futée, et je l'en bénissais. Sa vie était si simple. Ses joies si sures, si immuables. Rien n'arrêterait jamais sa vie, sa joie, aucun obstacle ne viendrait barrer sa route, jamais elle n'aurait besoin de réfléchir. Ses peines étaient merveilleuses. Comme j'aimais pleurer avec elle, pour elle, au nom d'elle! Un chagrin d'amour. Qu'y a t-il de plus merveilleux qu'un premier chagrin d'amour, un vrai, un d'avec un garçon qu'on a embrassé sur la bouche, un qu'on était avec? Un chagrin qu'on peut montrer, pleurer, dont on peut parler. Un chagrin propre, honnête. Rien à voir avec ces noeuds voraces et ces brumes nuitées qui s'entrelaçaient dans mon ventre, ma poitrine, mes yeux. Dégueulasses, mes peines, pas présentables, pas sortables. Allez zou, virez moi ça, dans une petite boite bien étanche où un diable à la carotide de raphia rigole déjà. Ha, c'était le bon vieux temps. Aujourd'hui les jeunes en quête d'anti conformisme populaire et facile d'utilisation vomissent leur vie sur leur visage trop maquillé et des skyblog aux mots tronqués. Et vas-y que je te montre, que je te fous sous le nez, que je t'en fais respirer le parfum de fraise des bois en se convaincant que c'est l'odeur de la mort. Les petits leucémiques sur leur lit jauni de leur pâleur. La chimio qui fait d'un visage la moitié d'un front. Les crève-la-faim au ventre gonflé de vide. On y pense des fois, vous savez. A la télé, tout ça, dans les chaînes internettes (j'ai décidé qu'internet devenait un adjectif et s'accordait en conséquence) qu'on découvre comme un étron poliment posé par un contact qu'on était pourtant persuadé avoir trouvé sympa. Ces choses-là inadmissibles, qui nous font larmoyer, culpabiliser une seconde. Vous savez, ces trucs dont on a honte d'avouer qu'on s'en balance total. Je me souviens d'un comédien mort d'un cancer du poumon. Il était comédien, donc il se fait filmer. Et il raconte son histoire. Ho, c'est sur, ça ne prête pas à sourire. Je souhaite ça à personne, ou disons à pas grand monde, soyons honnête. Et ça finit sur sa gueule tellement malade qu'on dirait qu'elle s'entraine pour la décomposition. Et lui, mourant, trouve cette seule chose, cette ultime chose à dire: Ne fumez pas. Ca n'arrive pas qu'aux autres. Le prix à payer est trop lourd pour ce que c'est. Ouaip, c'est vrai. Merci d'être passé mourir, gars. C'est vrai, ça. On est vaillant, en bonne santé, et on fait quoi? on se la gâche en se distrayant de choses pas distrayantes. Elle est tellement bonne, notre santé, elle promet d'être tellement longue, notre vie, qu'on se dit que c'est un peu abusé, là, faut en rogner un bout, juste un seul, on coche la case cancer, ou sida, ou alcool au volant, ou toutes, c'est cadeau. Je ne sais pas ce qui me fait le plus rire. Celui qui meurt un message à la main, en espérant que ça va changer quelque chose. Celui qui regarde le poing crispé sur le papier, tendu, suppliant qu'on le prenne, puis flêchir, se casser en deux, pour se reposer sur la poitrine sèche. Y'a toujours cette tentation: ne pas être naîf pour ne pas paraitre bête. Ne pas espérer pour ne pas être aveugle. Vous savez, toutes ces choses qui font que le porteur de lumière crèche en enfer. L'indifférence. Je hais cette époque qui marque d'infamie le désespoir. Faut être heureux, les gars! Regardez: vous êtes au chaud, en bonne santé ou peu s'en faut, vous avez même accès au net alors que la moitié de la population n'a pas accès à l'eau potable. N'y pense pas trop, ça va fissurer ta journée, la rayer, tu seras obligé de la passer au polish après. Dire qu'on a aucune raison d'être malheureux, c'est dire qu'il faut des raisons pour être heureux. Tu es heureux parce que. Autopsie du moment, on découpe en morceau ton bonheur, en taille bien égale, pour te le faire gouter, comme quand tu étais petit, sur ta chaise haute. Le bonheur Blédina. Bavoir et petits pois. Je hais cette époque qui appelle "bonheur" ce que n'est que satisfaction. Etre heureux, c'est vivre comme si ça allait changer quelque chose. Ne pas céder à la tentation de l'indifférence. Renoncer à l'euphorie pour atteindre l'extase. Je poste ça comme si ça allait changer quelque chose. Mon petit message dans mon poing crispé, en attendant que ma poitrine se sèche. Et comme je suis une fille cool qui ne poste qu'une fois tous les 34 février, je t'envoie du blog qu'il est bien pour le lire: ma vie rock 'n roll t'y fie pas, en vrai c'est une punk. Et elle a des choses à dire, même quand elle n'a rien à raconter. Et elle met à jour régulièrement (elle.) March 08 le non-évènement de l'année!Le Oupisme a son premier lieu de culte! Si vous avez aimé les théories oupistiques (ou pas), si vous ne savez pas ce qu'est le oupisme (ou pas), si vous n'avez que ça à foutre (ou...heu, ouais, si), rendez-vous au Temple de Oupi pour tout savoir sur le Oupisme et les trucs qui n'ont rien à voir (comme par exemple, les coussins et la choucroute. Ou pas.) Si vous êtes intéressés par la rédaction d'articles, il suffit de me filer votre adresse mail pour vous voir compté parmi les auteurs. Au fait, le mot de passe est "concombre". February 05 la réalité, c'est très surfait. Le problème, une fois constatée une totale absence de foi, d'ésotérisme, de philosophie à consommer sur place dans son sac en papier, c'est qu'il ne reste plus que la réalité. La réalité, c'est pas mal. On la tâte du bout du doigt; elle plait. C'est bon j'embarque. On prend le petit papier fourni avec: comment entretenir votre réalité. La croyance entretient, la réalité est entretenue. La foi quelconque en une quelconque ligne de vie, celle qui se trouve plus dans la tête que dans la main, est un diapason sur lequel les âmes s'accordent. S'accordent à penser pareil, à dire les mêmes choses, dans les limites du raisonnable; elles résonnent. c'est un fil, un guide, un modèle, un jeu de points numérotés qu'il faut relier. Quand on croit, on est plusieurs: soi et ceux qui croient. Dans la réalité, on est tout seul. Même avec ceux qui pensent pareil. Pour les adeptes de la réalité, il faut toujours savoir ce qu'on fait. Pas si on fait bien ou mal. Trop ou pas assez. Pas comparaison possible si on est seul. Non, juste savoir. Se retourner sur soi, se regarder. Ne pas créer la moindre illusion sur soi. La moindre hypocrisie. Je peux faire les pires horreurs que je veux, du moment que je sais que je les fais, comment je les fais, pourquoi je les fais. Je me suis autorisé cette discipline car pour moi, le "j'ai envie" ne répond à aucune de ces questions. Surtout que, si on veut bien faire, être logique avec soi-même, il y a toujours un moment où il faut jeter le petit papier. Et ça, c'est du boulot messieurs dames. Dans la croyance, il y a toujours un but à atteindre, un dernier point à relier. La réalité est la science du "pourquoi", la croyance celle du "pour quoi". L'un marche à reculons, l'autre en aveugle, et les deux sont incapables de donner une indication à l'autre pour lui éviter de se prendre les pieds dans le Grand Tapis Céleste. Enfin, ça, c'était avant. J'ai jeté le petit papier avec mes assiettes. Voilà un couple encore plus surprenant que celui "bébé+eau du bain". "Elle écrit bizarre aujourd'hui, Fuchsia, non?" Oui. Il est 3h31 du mat', j'ai un mal de crâne pas possible, je crois que j'ai faim, et je me force à écrire. Donc forcément ça coince. Je pensais que la réalité, c'était juste une question de discipline. De priorités parfaites, de questions justes. De parfaite sincérité. Soyons technique. Le manque de nourriture provoque des pensées paranoïaques avec des complexes de persécution. Les miennes étaient jolies comme tout. Je posterais un jour rien que sur elles. Le moindre murmure à travers le mur chuchotait mes vices, m'attribuait des fautes. Les amis qui me visitaient voulaient me surveiller. Ils se réunissaient le soir, et faisaient des comptes rendus de mes activités, cachés sous leurs cagoules. Le gouvernement nous mentait: la nourriture n'est pas indispensable à la survie de l'Homme! Les lobbies alimentaires faisaient pression! Scandale, scandale des cinq fruits et légumes par jour! On cherche à berner le contribuable! Rasons les champs! Liberté aux vaches laitières! Dignité pour les poules! Un sentiment de puissance irradiait le moindre de mes gestes, de mes pensées. J'étais Clairvoyante, Lucide, comme jamais. J'étais l'Elue au Petit Appétit. Quand on choisit la réalité, on se fait sa propre carte avec ses petits points à relier. Leur durée de vie est celle d'une pensée. Chaque pensée est passée au crible, au tri, à l'approfondissement, à l'épuration, pour savoir si elle est, dans la réalité propre et subjective qu'on s'est choisie, Vraie. Chacun de mes délires passaient sans problème. Bien situé sur la carte, bien à sa place, intégré dans le décors, même pas un petit bizuthage. Je pense, au sens le plus proche de l'expression, que j'ai vécu ce qui s'appelle "perdre l'esprit". J'ai perdu l'esprit comme on perd un ami: toujours là, quelque part, sans doute, toujours opérationnel, menant sa vie, embrassant sa femme et allant faire ses courses. Mais le téléphone ne sonne plus, la sonnette reste muette. Je ne peux plus compter sur lui. Restons technique. Le manque de nourriture entraine des troubles sensoriels. Je vous l'avais dit: quand j'ai remarqué que mes privations me procuraient un tel bien-être, je me suis inquiétée. Puis, quand j'ai commencé à voir des choses qui n'existaient pas, j'ai paniqué. On devrait faire des stickers, comme sur les paquets de clopes "fumer provoque le cancer du poumon" / "ne pas manger provoque des hallucinations." Mes halu étaient pour la plupart du temps positives. Ca tenait du domaine affectif: être persuadée d'avoir vu passer mon chat dans le couloir (alors qu'il est dehors), être persuadée de voir un autre chat dans mon lit (et de se sentir conne quand surprise à caresser la couette), voir le petit ami de ma mère âgé de 12 ans passer la porte (tient tu étais déjà chauve à cet âge-là?), avoir des conversations passionnantes avec des gens qui ne sont pas là. Puis, il y a les autres. Souvenez-vous, dans votre enfance, ces persuasions atroces: il y a quelqu'un dans ma chambre. Un truc bouge sous mon lit. J'entends respirer. Imaginez-vous, à cet âge, voir, vraiment voir, quelque chose sortir de sous le lit. Quelque chose d'informe, inidentifiable, qui exhale une puanteur terrifiante, une odeur qui ne rappelle rien de connu, rien de réel, et qui vous prend la gorge. Vous aurez une petite idée des hallu négatives. Je suis athée. Complètement. Comme pas possible. Et j'ai vu, un jour, le Diable pousser la porte du salon. Maintenant, je sais pourquoi au Moyen-Age ils étaient si religieux: pas assez à bouffer. J'ai tellement maigri que je suis passée entre les mondes. Toujours savoir ce que l'on fait. Toujours. J'ai vu que je déconnais. Qu'il fallait que je remange. Pas envie? ça ne répond à aucune des questions. J'ai donc remangé. Pour de vrai. Mon combat, mon orgueil, mes petites provocations avec l'assiette disparues. Les délires? Disparus. Les hallu? Disparues. Voilà, je suis guérie, je vais bien. je suis de nouveau dans la réalité. Je ne pense plus à la nourriture: je la mange, c'est tout. Comme si c'était normal. ha ha ha, corrige-toi, Fufuch: C'EST normal. Tu as failli t'avoir là. Mais tu es dans la réalité, où tu te surveilles, où tu ne dois pas dévier. Je mange, je ne dévie pas. Hier soir, j'étais toute fière de moi car j'ai salivé à l'odeur du poulet dominical. Une pulsion gallinacée plein la bouche. Me suis fait une assiette. Direct. Et ouais, ça vous en bouche un coin, hein? Le soir en me couchant, j'y ai repensé. Auto congratulation. Je me congratule beaucoup, c'est important, et puis ça fait toujours plaisir. J'ai mangé du poulet à midi, et le soir, je... Je... J'ai pas mangé. Rien du tout. Complètement, purement, connement pas mangé. Oublié. Même pas fait attention. Si je ne m'étais pas tapée dans le dos, je serais toujours persuadée d'avoir retrouvé un régime (hi hi hi) normal. Persuadée de me surveiller de près, avec mon air inquisiteur, et moi toute souriante en soquette blanche qui fait tout bien comme il faut. Ben merde. Je fais quoi, alors? Roh, tout de même, je vais pas faire tout un plat (hum, décidement quelle forme, Fufuch!) Juste un oubli, ça arrive. Tu manges normalement, tu le sais, tu le sens, tout en toi dit que tu es normale, tu te sens normale, enfin comme d'hab quoi, tous ces parasites de la crise d'ano, les bons et les mauvais, sont partis. Pourquoi douter? C'est vrai ça, pourquoi? Parce que ma mère m'a dit "t'as encore maigri."? N'importe quoi! Je bouffe! Je m'empiffre! OK, je suis incapable de dire avec quoi, mais je le sais! Je le sais que je mange! Ben tient, je me le prouve. Strip tease, balance. Greugneugneu, "t'as encore maigri", je t'en foutrais, moi, des t'as encore... J'ai encore maigri. Oups. |
||||
|
|