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June 28 la peine de mort J'avoue avoir été moi-même surprise lorsque j'appris, par ma délicieuse amie qui est mon lien avec le monde extérieur, qu'il existe, en ce jour, en ce lieu, en ce pays, en cette aire, des personnes, saines, amicales, sympathiques, douées d'intelligences acceptables, qui sont, pour des raisons simples, raisonnées, dénuées de haine, de bave et de vengeance, pour la peine de mort. De là on voit cet optimisme que donne un acquis. Un acquis social, en l'occurrence, ne perdons pas une occasion de placer ce couple de mots si populaire. Lorsque j'appris cette énormité, je suis tombée de ces nues dans lesquelles j'ai fait mon petit nid et dont je n'aime pas être arrachée. Leurs raisons? rien que de très simple. Un mort ne peut pas récidiver, ou alors c'est un remake de la Nuit des Morts-Vivants et le débat politique passe au second plan. Et aussi, nos prisons sont pleines à craquer, et tuer un prisonnier, par-ci, par-là, est un bon moyen de libérer un matelas dans ces cellules où les autres détenus pourront enfin s'étirer en soupirant d'aise, marmonnant qu'en prime celui-là puait des pieds. Rien que de très logique, pas le moindre petit soupçon de trace sanguinaire. Donc, l'amoureux de la chaise a raison. CQFD. Parce qu'il ne faut pas oublier ce détail: l'exécution d'un prisonnier est une mort utile. Ca doit servir à quelque chose. On n'est pas des Texans, non plus, hein. On est pour la peine de mort, mais on n'est pas des sauvages. On ne va pas électrocuter dans le tas, hein, et pis faut penser à la dépense énergétique. Et pour prouver qu'on est des sages, on en rajoute. En plus d'avoir prouvé qu'un mort, c'est super utile, on ajoute que non seulement on a l'esprit Pratique, mais qu'en plus, on a de la Morale. Et c'est là qu'on sort le pédophile. Ha! que c'est pratique, un pédophile! comme on s'ennuierait dans les soirées s'il n'était pas là! En vérité, je vous le dis: si le pédophile n'existait pas, il faudrait l'inventer. Parce que s'il y en a bien un qui mérite de mourir, c'est le pédophile. Ha bah voui. C'est ZE cadavre ambulant par excellence. Si on est contre la peine de mort, c'est qu'on est pour le viol des petits enfants. C'est un cas à part. On peut être contre la mort des assassins, des sadiques, des détourneurs de fonds publics sans être pour autant pour le meurtre, le sadisme et la politique, mais pour la pédophilie, ça marche pas pareil. C'est comme ça, je vais tout de suite vous expliquer pourquoi. Pourquoi qu'il mérite de mourir, le pédophile? parce que c'est un gros méchant, le boss de fin de niveau du grand jeu de la cruauté. On est tous d'accord. Et aussi, parce que le pédophile, il a ça dans le sang. Y'a rien à y faire. Dès qu'il va mettre le nez dehors, il va recommencer. Alors pourquoi ne pas simplement le laisser enfermer? Tain, mais tu suis rien! pense un peu à ses co-détenus qui en ont marre de ses odeurs de pieds! Et aussi, et surtout, pour faire Justice. (notez la gradation dans les mots en italique.) Parce que le petit enfant qu'il a été violé, il est mort. Et oui. Ho, pas mort pour de vrai, hein, il bouge, il mange, il va à l'école, il joue au ballon, mais il est mort. Personne, personne ne peut se remettre d'un acte pédophile. C'est bon, il est foutu. Bon à jeter à la poubelle. C'est pour ça que la pédophilie, c'est pas pareil. Parce que les meurtriers, au moins, ils épargnent à leur victime la souffrance, vu qu'elle est morte. Quant à la famille, ben, tout le monde sait comment faire un deuil, depuis le temps que les familles existent...Tandis que la pédophilie, c'est tout nouveau, tout neuf, on sait pas quoi en faire, ça tout juste d'être découvert, y'a pas encore des rayons entiers rempli de livres à la couverture chatoyante, manuel du parfait petit abusé. Non non. L'enfant violé, non seulement il est mort, re-non re-seulement, il souffre, mais en prime, personne ne peut le soulager parce que personne ne sait comment faire. Parfois, on le refile au psy comme à une nounou, et encore, seulement s'il a des parents intelligents, et là y'a plus qu'à prier pour que le psy le soit aussi, et lui demande pas s'il a chercher à se faire violer parce qu'il refoule son homosexualité (authentique). La plupart du temps, on attend qu'il règle son déséquilibre physique, le fait d'être un mort dans une peau de vivant, tout seul comme un grand, en se suicidant, par exemple, ça, c'est bien, ça n'étonne personne qu'un abusé se suicide, limite si on n'est pas soulagé. C'est comme l'euthanasie. Tient, si on l'exécutait avec son agresseur, ce serait limite un acte de charité. Parce qu'il y a ça, aussi, désolée pour la digression: il est si clairement acquis qu'une victime de pédophilie, ou de viol en général, est condamnée à errer dans les noirceur de la dépression la plus profonde toute sa vie et à ne jamais connaitre la moindre parcelle de bonheur, que si par hasard cela arrive, c'est suspect, on la soupçonne: ça ne l'a pas assez traumatisée. C'est de là que vient cette rumeur qu'un homme abusé dans son enfance abusera à son tour. Ca arrive. Dans un cas pour dix mille, à peu près, j'ai plus les chiffres exacts en tête. Mais à en croire la sagesse populaire, qui aime le gore et n'aime pas se le voir confisquer, qui ne passe pas sa vie sur le fil du suicide est un criminel. On lui en veut. C'est pas normal. Il réagit pas comme il faut. Gardons un oeil sur lui. Pour le petit rappel: pour une classe moyenne de trente enfants de moins de dix ans, un des enfants a été violé dans les six derniers mois. Une mineure de moins de quinze ans sur quatre a été déjà été violée, pour un ado sur six. Le chiffre augmente sensiblement après 15 ans, c'est logique. Je suppose que vous connaissez plus de trois femmes dans votre entourage. Ou plus de six hommes. Faites-moi plaisir: la prochaine fois qu'on sort le pédophile pour diner, et que votre voisin vous énerve à dire qu'on peut parfaitement s'en remettre, qu'une victime ne souhaite pas forcément, voire très rarement, la mort de son agresseur, et que vous vous offusquez sur le manque total de morale et d'empathie de l'importun, et que commence à poindre en vous le soupçon que votre interlocuteur a peut-être des pulsions refoulées, souvenez-vous: il se peut très bien qu'il sache très bien de quoi il parle. Sans doute beaucoup, beaucoup mieux que vous. Bon, où en étais-je. Ha oui, la peine de mort. Ca fait tellement longtemps qu'on l'a pas vue, celle-là, qu'elle ne fait plus peur. Ca donnerait presque une petite touche exotique aux pays lointains. Le problème de la peine de mort, c'est le problème de la nature du mal. Pas du mal commis, pas de la faute, mais du mal, le concept de mal, le Mal, voilà, avec une majuscule on y voit mieux. Styron le dit superbement bien, et je suis toute frustrée de ne pas avoir ses volumes sous les yeux pour pouvoir le citer. Il existe deux Mal; non, pas de faute d'orthographe; il n'existe pas deux maux cohexistants, mais deux idées du Mal, deux natures possibles pour le Mal unique, que l'on pourrait baptiser ainsi: le Mal-Vivant, et le Mal Parasite. Styron, que n'es-tu ici! c'est quoi ces noms à la con que je ponds! Heureusement me reste en mémoire cette phrase: "il y a vingt ans, on aurait presque pendu un gamin pour avoir volà dix sous de bonbons." En effet, et beaucoup plus qu'une illustration des principes d'éducation de l'époque, c'est une image de la manière dont on voyait le Mal, en l'occurence le Mal-Vivant: le gamin n'a pas fait une mauvaise action, il est mauvais. Il faut le corriger, non pour qu'il apprenne, mais pour l'étouffer, le réprimer, pour ne pas qu'il laisse s'exprimer sa nature pervertie et limiter son influence sur le monde extérieur. C'est dans ce concept, le Mal-Vivant, que la peine de mort prend racine. En tuant le malfaiteur, le malfaisant - comme ces mots ont perdu de leur ampleur, de leur pouvoir, de leur terreur! c'est tout juste si à présent ce ne sont pas des synonymes de "voyous" - on tue le mal lui même. C'est une sorte de conception misanthrope du Mal : le Mal nait des hommes. Non de leurs erreurs, de leurs confusions, de leur ignorance, mais de leur nature même. Le Mal ne peut qu'être humain. L'humain est mauvais. Puis est arrivée la psychologie sur son beau cheval blanc. La psychologie qui a mis des mots bien ordonnés, bien jolis, bien polis, sur cette espèce d'intuition du Mal-Parasite, pratiquée depuis des lustres dis reculés, dans des pays dit barbares, où l'on coupe la main de celui qui a volé. Le Mal n'est pas dans la personne, dans la nature de l'individu coupable, mais dans une partie de lui qu'il n'arrive pas à contrôler. Ce n'est pas lui le coupable, c'est sa main, ou alors c'est la tentation de voler, et l'amputation n'est plus une punition, mais un soin. Les circonstances atténuantes, les injonctions de soins, l'irresponsabilité, sont autant de recherches, de localisation du Mal: dans l'enfance, dans une névrose, dans les circonstances, dans un QI du niveau de la température ambiante. La punition ressemble à un exorcisme: on enlève le Mal, et on retrouve un être humain tout propre. C'est ainsi que naquirent les Monstres. Celui qui n'a aucune circonstance atténuante, ou, pour dire plus précisément, chez on n'arrive à trouver aucune explication à l'acte pour nous rassurer, sont qualifiés de Monstres: éjectés du monde des humains, adoptés par une nouvelle espèce, ils laissent l'humanité vierge, immaculée. La psychologie est un magnifique cantique chanté aux louanges de l'être humain. Où l'on voit que l'une et l'autre définition du Mal, les seules que notre esprit étroit ait réussi à faire naitre, sont aussi connes l'une que l'autre. Alors, pourquoi choisir? pourquoi fustiger la peine de mort, qui ne serait après tout qu'une question de point de vue? Parce que le Mal-Vivant répond à une logique essentialiste. Cette terrible tentation de définir l'autre par un mot qui ne nous est pas appliqué, et que sa nature découle de ce mot. Comme "Noir". Ou "Homo". Ou "Juif". Nous ne sommes pas capable de définir le Mal, acceptons cette faiblesse. Mais nous sommes capables de trouver, entre les deux propositions, laquelle est une plus mauvaise idée que l'autre. La vérité, c'est bien beau, mais quand elle nous échappe, il faut faire un choix. Oui, je sais, ça ressemble un peu à "pique-nique-douille-c'est toi-qui-douille". Mais si la nature du Mal reste un grand mystère, la connerie humaine est bien visible, elle. Comments (4)
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