Fuchsia's profilebravo les gensPhotosBlogListsMore ![]() | Help |
|
bravo les gensLe blog qui dit tout haut ce dont tout le monde se fout tout bas November 24 un Noël Voilà, c'est Noël qui recommence. Il y a les illuminations dans la rue, les écolo qui protestent contre les illuminations dans la rue. Des pubs dans les magazines, des mots sur les boites à lettre qui ne veulent pas de pub. Des gens qui aiment Noël dans la rue, des gens qui conspuent Noël dans leur blog. Les jouets derrière les vitrines, les enfants devant les vitrines derrière lesquelles il y a les jouets. Tiens, beaucoup de Noël sont passés, depuis la dernière fois que j'ai fait attention à Noël. En fait, il n'y a même plus de vitrines avec des gosses collés dessus. Maintenant ils sont dans les rayons de supermarché, tirant leurs parents par la main, avec des j'veux-ça. Je préfère les vitrines. On peut faire le plan depuis l'intérieur du magasin, avec les nez qui s'écrasent et s'évasent en petits groins comiques, le bout tout blanc, les paumes toutes plates, et surtout ça coupe le son. J'ai eu beaucoup de type de Noël, ce qui fait que Noël, je m'en fiche un peu. Je n'appréhende pas: des fois ça se passe bien. Je ne m'enthousiasme pas : des fois, Noël... Je me souviens d'un Noël il y a quatorze ans. Vous vous souvenez, vous, de vos Noël vieux comme des ado? Moi je me souviens de celui-là. Pas de mérite. Un vrai Dickens. A quatre au pied du sapin en plastique. Ma mère, mon frère, moi et l'autre. C'était pas la première fois qu'on passait Noël avec un gars qui n'était pas notre père. Pas la dernière non plus. Ca remonte à loin. Je ne me souviens plus si, à ce Noël, il y avait déjà le trou dans la porte du salon. Ce trou indique là où il y avait la tête de ma mère avant que l'autre y balance son poing. Bons réflexes, ma mère. Bon poing, l'autre. Carrément un trou dans la porte. Je crois que j'avais déjà vu les jambes toutes bleues de ma mère, ses épaules aussi. Elle me les avait montré, au début, quand ça la mettait encore en rage et non en trouille. Mais je souviens, et ça j'en suis sure, de tout ce que l'autre interdisait déjà à mon frère. Interdit de viande. Interdit de laitages. On me disait "fini ta viande" "bois ton lait" avec le ton qui faisait comprendre que c'était important, que j'étais en pleine croissance, et mon frère de neuf ans, encore plus en croissance que moi, n'avait pas le droit. Ma mère passait outre, et elle le nourrissait comme elle pouvait, derrière le dos de l'autre. Parfois elle se faisait prendre, et alors bleue. Et ça me foutait en rage. Avant que ça me foute en trouille. J'étais une vraie petite conne. Quand ma mère m'a montré ses bleus, qu'elle m'a regardé bien fixement, attendant ma réaction, attendant ce que j'allais dire, faire, j'ai pensé mais elle se croit où? elle croit que je vais la protéger, la défendre? j'ai douze ans. Qu'est-ce que je peux faire? qu'est-ce qu'elle s'imagine que je vais faire? aller à la police? toute seule? Pour moi, c'était des histoires d'adultes. J'étais une vraie petite conne. Mais fallait pas toucher à mon petit frère. Ho non. Fallait pas. C'est ce qui m'a sauvé, en fait, je crois. Ce Noël, ce Noël vieux comme un ado, j'ai vu que mon frère était interdit de cadeaux. La loi de l'autre. Ma mère a sorti d'une cachette un petit jouet à deux sous, qu'elle avait acheté en secret et bien serré dans un coin. Moi j'ai pensé: elle aurait du lui donner en cachette. Elle va morfler. Mais comment faire autrement. Comment faire face à un enfant de neuf ans au pied du sapin, qui voit les autres s'échanger des cadeaux avec des mercis et des cris de merveilles, et rien pour lui. Comment faire? On lui donne un cadeau, voilà ce qu'on fait, et voilà ce qu'elle fit. C'est peut-être après ça qu'il y a eu le trou dans la porte. Je ne m'en rappelle plus. Par contre, je me souviens du cadeau que l'autre m'a fait. Une bague, une vraie bague en or, une bague de femme, avec une pierre transparente comme de l'eau et qui brillait. Je me souviens, quand je l'ai vue, n'avoir rien ressenti. Ho bien sur, j'ai fait l'émerveillée et merci ect, tout en étant accaparée par le vide intersidéral qui m'avait prise. J'étais déjà douée pour jouer la comédie, à l'époque. C'est ça qui a sauvé ma mère, en fait, je crois. A posteriori, à travers quatorze ans, à travers quatorze Noël, une femme de vingt six ans regarde une enfant de douze dont elle partage les souvenirs, une enfant qui fut elle, et se dit que c'est incroyable, comme la vie peut être normale autour. Comme une ronde joyeuse et colorée, enrobant un cadavre. Comme un beignet. Tout enrobée de pâte et plongée dans la friture. Je portais la bague à l'annulaire à l'école, comme une bague de fiançailles. Il y a des filles dans ma classe qui m'ont demandée si j'étais fiancée. Avec des mines incrédules. Non pas à cause de mon jeune âge: à douze ans, toutes les filles de douze ans sont comme des adultes. Mais parce que j'étais moche, sans ami, incroyablement taciturne, irrémédiablement seule. Elles se demandaient comment j'avais fait pour dégoter un fiancé. Oui, je faisais cela uniquement pour me faire remarquer. Pour que quelqu'un, quelque part, remarque quelque chose. Remarque la chose. S'il vous plait les profs, regardez, je me mets au premier rang parce que j'ai des lunettes, devant votre bureau alors que je déteste ça, et regardez, je pose ma main bien à plat sur ma table, vous voyez? vous voyez comme je suis sage? comme je mérite votre attention? et dites...entre nous... vous voyez la bague? Oui madame l'infirmière, je sais. Oui, c'est mal de faire semblant d'avoir mal au ventre, mais vous savez...Non, j'aime bien les maths, j'ai pas fait ça pour sécher le cours. Non, il n'y avait pas DS, vous pensez, je ne vais pas risquer d'avoir une mauv...Non, je n'ai pas mes règles, je n'ai jamais encore eu de règles. Oui à presque treize ans c'est surprenant, mais ne me regardez pas comme ça s'il vous plait, je ne fais pas exprès. Mais vous savez, là, maintenant, je n'ai pas mal au ventre, parce que c'est passé, mais j'ai mal chez moi, j'ai ...Oui un cachet merci. Oui je mange bien. Oui je suis un peu trop maigre, mais je suis encore dans la courbe, c'est parce que j'ai grandi trop vite. Vous savez, chez moi, il y a...chez moi...c'est à cause de chez moi que je grandis trop vite. Oui, ma mère est grande, c'est pour ça que je suis grande, oui, c'est exactement ça, c'est ce que je voulais dire, oui, exactement, merci madame, bonne journée madame, ha oui le petit mot faut pas l'oublier, le tampon oui, merci, bonne journée, merci madame. A travers quatorze ans, à travers quatorze Noël, une femme de vingt six ans regarde une enfant de douze dont elle partage les souvenirs. Une enfant qui fut elle. Et elle se dit: c'est incroyable, comme la vie autour peut être normale. Comme rien ne change. Je continuais de travailler à l'école, de réviser pour mes devoirs, de bosser mes maths parce que je n'étais pas douée, de faire des rédactions les plus belles, les plus originales, les plus inventives possibles, parce que j'étais douée et que la prof de français m'aimait bien. C'est incroyable, comme ça peut prendre de l'importance, que la prof de français m'aime bien. C'était moins une double vie qu'un enrobage. Il y a avait au fond de moi, très au fond, des pénombres. Des pénombres plus noires que des ténèbres, des pénombres grises où l'oeil peut voir, mais où le reste ne voit rien. Ces pénombres où le petit ami de ma mère m'emmenait, quand il n'y avait personne à la maison. Et les pénombres dans ma tête où je plongeais, pour ne rien voir. Et j'aurai voulu plonger plus profondément encore. J'aurai voulu être couverte de paupières. Vous savez, madame l'infirmière, je ne mange pas si bien que ça. Certains jours, tout a le même gout. La bague, je l'ai donnée à une amie qui voulait se fiancer. Je me suis fait engueuler par mère parce qu'elle était en vrai or et valait cher. Un jour, j'ai glissé un calembour dans une rédac', et la prof l'a souligné de rouge. Puis ma mère s'est tirée avec ses valises et ses gosses sous le bras. On est resté longtemps chez notre oncle, à l'autre bout de la France, dans les montagnes. C'était chouette. Il y a eu des discussions, des coups de fils à la police, un flic obtus qui a fait pleurer maman. Quand nous sommes rentrés à la maison, l'autre n'était plus là. Et qu'est-ce qu'on fait quand on n'a même pas treize ans, un gout dans la bouche, un trou dans le ventre et des ténèbres plein les yeux. Qu'est-ce qu'on fait quand on s'enrobe de couches de plus en plus nombreuses, de plus en plus épaisses, comme si la vie à venir n'était qu'un très long et glacial hiver, des couches si serrées et si denses qu'on n'arrive même plus à entendre deux mots, deux petits mots, pas toujours les mêmes, parfois trois, parfois juste avec un déterminant alors ça compte pas vraiment, qui pulsent, tout au fond, étouffés, assourdis : A l'aide. Au secours. Quelqu'un. S'il vous plait. Qu'est-ce qu'on fait? On continue, voilà ce qu'on fait, et voilà ce que je fis. A travers quatorze Noël, je me dis: c'est incroyable. C'est incroyable comme le plus horrible, le plus insupportable, c'est après. Je ne sais pas quand j'ai oublié. Peut-être avais-je oublié à peine passée le seuil de la maison de mon oncle. Rassurée par la perspective de ne plus jamais le revoir. Peut-être après. Peut-être que l'impression que j'ai, quand je me regarde, que j'avais déjà tout oublié, vient des couches d'enrobage dans lesquels j'étais déjà bien engoncée. Amnésie post traumatique, ça s'appelle. C'est courant, il parait. Quand j'ai appris que ça existait, j'ai pleuré. Que faire quand on a quatorze ans, un gout dans la bouche, un trou dans le ventre et des ténèbres plein les yeux, et qu'on a aucune idée d'où ça vient? Que faire quand on en a quinze, qu'on sait qu'il y a une chose, une chose terrible et épaisse, qui nous sépare des autres telle une vitre dans un parloir, et qu'on ne sait pas ce que c'est? Que faire quand on a seize ans, qu'on regarde les garçons qui regardent les filles, les filles et les garçons qui s'embrassent, et qu'on trouve ça révoltant, sale, immoral, qu'on pense qu'on devrait interdire la mixité dans les écoles, et qu'on est la seule? Que faire quand à dix sept ans on loupe la moitié des cours à cause de crises d'angoisse si fortes qu'un jour on se réveille à l'hosto, avec une perf' dans le bras, et qu'on ne sait pas pourquoi? Un jour, un homme est venu frapper à ma porte. Il boitillait un peu. Il voulait me signaler que le trottoir en face de chez moi s'était effondré. Une canalisation d'eau avait pêté, emportant tout. La fine croute de bitume reposait sur du vide, et son pied était passé à travers. Un jour, tu es quelqu'un qui marche tranquillement, dans la rue. Tu vas au café, faire quelques courses, acheter ton pain à la boulangère qui est si sympathique. Tu penses à ta femme, ton mari, ton gosse, ton patron qui est de mauvais poil, si tu as assez de monnaie, si tu... Et ton pied passe à travers le bitume. C'est pas une chose à laquelle on pense, pas vrai? Quand tu marches, le sol est bien là, sous tes pieds, bien solide, immuable. Impossible à remettre en question. C'est une évidence. Le ciel et la terre. Il n'y a même pas besoin d'y songer. Il y a des personnes qui savent que rien n'est immuable. Rien n'est évident. Tout peut être remis en question. Tout système peut être critiqué. Toute vie anéantie. Toute peine soulagée. Toute parole peut être un mensonge. Tout amour peut être haine. Que parfois, les mères qui sont là pour nous aimer, nous laissent dans notre merde. Que parfois, les pères qui sont là pour nous protéger se disent que c'est trop compliqué. Que parfois, les beaux pères qui sont si affables, si prévenant, et qui font des cadeaux, passent sur le corps d'enfant de douze ans. Que parfois, quand un beau père si affable, si prévenant, et qui fait des cadeaux nous est passé sur le corps, on peut s'en remettre. Les personnes qui savent ça sont ceux pour qui le pied est passé à travers le bitume. Et à vingt ans, on se dit que tout cela a une logique. A force de raconter des histoires, parce que j'ai toujours été douée pour raconter des histoires, on apprend à lire la sienne. Que faire quand à vingt ans, on se regarde et on se dit : j'ai été violée. Je ne m'en souviens pas. Je ne me souviens de rien. mais je le sais. Je le sais comme il y a la terre et le ciel. Mais je sais aussi que la terre, le ciel, ne sont pas évidents. Alors on continue. On se met devant le pc, on fait une rapide recherche. Vive internet. Et on tombe sur une chose à laquelle on n'aurait jamais pensé. Ce n'était pas évident, mais qu'est-ce qui l'est? Lady Fuchsia: Bonjour à tous, je ne sais pas trop ce que je viens faire ici, je ne me souviens de rien... Miho : Bonjour Fuchsia Prunilla : n'ai pas peur d'avoir l'air bête Noixette : on est tous passés par là! Olivier : ce n'est pas grave de ne pas se souvenir Hetwine : écris ce que tu as sur le coeur, comme ça vient. Terreneuve : ne te force pas. Lumynith : Bienvenue. Ca va faire plus de deux ans maintenant. Que je parle avec celles et ceux dont le pied est passé à travers le bitume. Miho est partie, Noixette aussi, Terreneuve se cache, j'aimerais avoir des nouvelles d'Het' plus souvent, mais bah, c'est la vie. Il y a dans la ville où je suis actuellement une place dans un café qui est le Lieu Officiel où les saintes fesses de Prune et de moi-même se posent, et s'il y a au monde une chose immuable, c'est celle là. Ca va faire plus de deux ans maintenant que j'écris, sur les silences, sur ce qui se passe dans les familles, dans les pénombres. Ca fait un an et un mois que ma mémoire est revenue. Pourquoi je vous parle de cela? A cause d'un ange aquatique. Mais c'est déjà une autre histoire. (ho putain la fin de merde!) November 23 une possibilité Voilà comment ça va se passer. Ce sera dans quelques années, quand elle sera ni jeune ni vieille. Assez vieille pour ne pas se poser la question si elle est jeune ou vieille, assez jeune pour ne pas tout gâcher. D'abord, il y a une chose très importante à faire. Elle prend une bonne cuillerée d'huile d'olive. Voire même deux. Elle s'allonge, on se tourne sur un côté, puis de l'autre. Elle prend son temps. Elle n'est pas pressée. Aucune raison de l'être. Ensuite, elle mange. Un bon repas, avec des choses qu'elle aime, des choses simples. Peut-être du poisson car elle est au bord de la mer, et elle est extrêmement difficile niveau poisson. Jamais un qui ne soit à plus de 10km du lieu où il a été pêché. Mais il faut des pommes de terre. Ou une purée. Comme elle préfère. Si elle prend du poisson ce sera plutôt pommes de terre. En mangeant, elle boit une gorgée de vin et prend un analgésique. Peut-être deux si entre temps elle a appris à supporter cela et à ne pas les vomir. De la codéine de préférence, ce qu'on peut trouver à la fois de fort et facilement. L'huile d'olive la protégera un tant soit peu des brulures d'estomac et d'intestins. Contrairement à ce qu'on dit, ce n'est pas indolore. Puis des antiémétiques. Il y a dans les somnifères une substance qui pousse le consommateur enthousiaste à les vomir. Même lorsqu'il a déjà perdu connaissance. Peut-être pensera t-elle à cet ami qui, il y a bien des années, s'est réveillé après plusieurs heures dans sa propre flaccidité, et qui lui a refilé le tuyau. A travers quinze, peut-être même vingt années de distance, elle lui lève un verre complice. Mais il ne faut pas trop boire. Contrairement à ce qu'on dit, il ne faut pas trop boire. Quand le repas est terminé, elle essuie sa bouche aux commissures avec une serviette propre et bien pliée. Pas une raison pour se laisser aller. Elle va dans sa chambre où l'attendent ses boites de médicaments. Des somnifères, bien sur, on peut faire confiance aux grands classiques, et des antidépresseurs car elle a réussi à se faire prescrire de la venfalaxine - ou un tricyclique, encore mieux. Comme elle est revenue en France, ce n'a pas été difficile. Peut-être même qu'elle a réussi à obtenir ces cachets mauves au nom étrange, qu'un pote schizophrène faisait sortir de l'HP, et qu'une amie à elle prenait pour se défoncer. Elle sourit, pense à cette gamine qui riait à n'en plus finir, regardant son visage reflété par le miroir des toilettes, dans ce café où elles prenaient leur repas ensemble, entre les cours. Elle écrivait de très beaux poèmes. Qu'est-elle devenue? Elle s'habille. Elle met quelque chose de très léger. Peut-être sa robe en velours noir, la courte, décolettée dans le dos. Une paire de ballerines blanche, comme quand elle était petite, toute sale et pleine de sable, qui ne s'accorde pas du tout avec la robe mais elle s'en fout, elle ne la gardera pas longtemps. Elle sort. Elle arrive à la plage, marche sur la plage. Elle enlève ses chaussures et les laisse tomber sur le sable. Elles ne font aucun bruit. Quelqu'un les trouvera, peut-être même que ce sera la bonne pointure, ça fera plaisir à quelqu'un. Face à elle, l'Atlantique. Elle songe: c'est drôle. De la plage, les océans et les mers ont la même taille. L'océan a découpé une large frange de plage. Marée basse. Elle avait vérifié l'heure avant de sortir. L'eau est loin, très loin. Elle commence à s'engourdir et soupire de tant de distance. Elle marche, enjambe les lignes d'algues mortes et de coquillages brisés qui blessent les pieds. Un vent se lève et elle frissonne; nous sommes en septembre, il fait encore doux mais à cette heure du jour il ne fait pas bon se promener robe légère et pieds nus. Les vacanciers sont tous partis, la plage est déserte à défaut d'un joueur de cerf-volant peu doué qui court beaucoup. Elle arrive au bord de l'eau. Elle enfonce ses pieds jusqu'aux chevilles. C'est l'endroit de l'océan qu'elle préfère, quand il la lèche et la mordille, quand elle sent le va et le vient autour de ses pieds nus. De son soutien gorge elle tire le ruban rouge qu'il lui a offert, et le noue autour de son poignet. Elle s'assied dans l'eau. Ses bras enserrent ses genoux. Autour de ses hanches sa robe noire devient plus noire encore. Une crispation tend son ventre douloureux. Elle respire profondément, longuement. Ca passe presque. Elle regarde l'océan et le ciel qui rosit, presqu'en face d'elle. Une mouette rit et elle veut la suivre des yeux. Mais elle n'y arrive pas. Sa tête est lourde, ses épaules douloureuses. Elle n'arrive pas à contrôler ses yeux. Elle ne comprend pas ce qu'elle voit, et elle voit flou. Elle se rend compte que ses lunettes sont tombées dans l'eau. Elle ne s'en était pas aperçu. Ca doit faire longtemps qu'elle est là, car à présent, le ciel saigne de partout, et elle a de l'eau jusqu'aux épaules. Elle n'a plus mal au ventre. Juste avant que sa tête ne bascule, effleurant l'onde du bout du nez, juste avant que ses mains ne quittent ses genoux pour glisser, lentement, le long du tibia, juste avant que son corps ne balance, bercé par l'eau, pour se coucher, elle pensera: L'océan va m'emporter, et dans quelques heures, à l'endroit même où je suis, il n'y aura plus rien. L'eau m'effacera comme il a effacé des romans entiers de mots dessinés sur le sable, du bout du doigt. Il ne restera de moi que quelques souvenirs improbables, et quelques mots écris, que le temps effacera des mémoires comme l'eau efface les mots. L'océan va m'emporter et mon corps gonflé va s'alourdir. Je flotterai entre deux eaux, les bras ouverts, le corps offert, et les petits poissons viendront me grignoter. De loin, on ne me verra même plus, je serai un nuage nerveux de petites flêches d'argents, de bleus, d'oranges qui frétillent et goutent et veulent encore et qui d'un coup, sous l'impulsion d'une panique muette, disparaitront, laissant une forme boursoufflée et bleue, dans une robe noire devenue plus noire encore et un ruban rouge qui s'est détaché depuis longtemps. Peut-être que je finirai là, dans l'océan, chair à poisson, jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien, juste mes os, et quelques tripes qui flottent derrière moi et se désagrègent, se diluent, et je tomberai comme on s'incline, jusqu'au fond, là où même la lumière n'arrive plus. Peut-être aussi que lassé de mon goût, l'océan me rejettera dans quelque port, et on me repêchera, ignorant mon nom, ignorant mon corps, ignorant ma ressemblance, ma parenté et mon histoire. On m'enterrera sous un numéro, et peut-être que je trouverai ça drôle, moi et toutes mes dents dehors, d'être sous un numéro, moi qui ai toujours voulu avoir le dernier mot : Fin. November 14 Une petite curiosité. C'eut été mesquin de la garder pour moi. Quand ce poème nait, il est seul au monde. Le premier poème olorime publié - certains prétendent que c'est encore le seul. (Invitation à venir à la campagne prendre Le frais, une nourriture saine et abondante, Des sujets de chroniques et de biture) Je t'attends samedi, car Alphonse Allais, car A l'ombre, à Vaux, l'on gèle. Arrive. Oh! la campagne! Allons -bravo!- longer la rive au lac, en pagne; Jette à temps, ça me dit, carafons à l'écart Laisse aussi sombrer tes déboires, et dépêche! L'attrait: (puis, sens!) une omelette au lard nous rit, Lait, saucisse, ombres, thé, des poires et des pêches, Là, très puissant, un homme l'est tôt. L'art nourrit. Et, le verre à la main - t'es-tu décidé, Roule- Elle verra, là mainte étude s'y déroule, Ta muse étudiera les bêtes ou les gens! Comme aux Dieux devisant. Hébé (c'est ma compagne)... Commode, yeux de vice hantés, baissés, m'accompagne... Amusé, tu diras: "l'Hébé te saoule, hé Jean!" Ce poème est de Jean Goudez, dit Goudezki, et est dédié à son ami Alphonse Allais, qui a déjà émaillé le journal du Chat Noir sous les noms de Francisque, le critique littéraire, qui a renoncé à lui en vouloir, s'est fait passer pour Dumas Fils, et tant d'autres. Peut-être est-ce aussi lui qui a eu l'idée d'annoncer la présidence de la rédaction à Guy de Maupassant, à la grande surprise de ce dernier? Ce serait bien dans sa manière. Nous sommes en 1892. Satie a joué ses "Gymnopédies", mal acceuillies par Salis, et "ésotérik", comme le surnomme Allais, se fâche et va jouer ailleurs, rencontrer Debussy, qui compose la mélodie de "la belle au bois dormant" sur un coin de table du cabaret. (née trop tard, née si tard....) October 19 j'aime pas les croyants, surtout les catho (les mystiques, ça passe encore)Je sais, ça fait apologie de l'intolérance et c'est passé de mode. Il y a encore quelques décennies ça faisait esprit libre et gentiment provocateur, en tout cas ça passait bien, surtout si on avait moins de trente ans (et les cheveux longs) ou encore mieux, plus de soixante (et les cheveux longs). Heureuse époque. Je suis des ces pauvres hères qui forment la masse montante des nouveaux romantiques: nés trop jeunes dans un monde trop con.
Maintenant pour être "in", il faut être "sûr de ses opinions". En gros, faut être tellement persuadé qu'on a raison que l'opinion contraire ne laisse aucune griffe sur le marbre lisse de nos certitudes, et l'insensibilité à l'Autre nous évite toute envie de riposter. A ce prix là, je préfère encore être intolérante.
Parce qu'une telle assise sur nos pensées entraine forcément, pour ne pas paraitre démodé ce qui est encore pire que d'avoir tort, un nouveau type de communication, dont j'ai pu faire l'expérience ( après on s'étonne que je parle de moins en moins). Cette nouvelle mode, je la nomme "le panorama". Ou la communication panoramique, ça dépend de ma flemme du jour. (oui je sais, ça n'a rien à voir avec les catho, à peine commencé je fais une digression, et alors, je fais ce que je veux - j'avais fait une bouche en S façon smiley quand j'ai vu que les 9/10ème de mes blogs amis avaient perdu leur rédacteur, me privant de la mânne de leurs mots, et aussi, forcément, de la caresse de leur lecture - mais en fait, ça m'arrange, je ne me casse plus la tête pour que mes maigres articles soit lisibles/intelligents/intéressants/drôles/rayez la mention inutile pour qu'on prenne au moins autant de plaisir à me lire que j'en ai à lire les autres - oui, car avant, j'y prenais garde, car dans le fond, je suis une gentille fille qui n'a envie que d'être aimée - nan, j'déconne.)
Bon j'en étais où. Ha oui. La Communication Panoramique. Cette mode qui a été contaminée par cette nouvelle définition du respect, c'est à dire le Patouche. Maintenant on ne respecte plus: on touche à rien. Et le pire, c'est que la plupart des gens ne voit même pas la différence.
Chez les adeptes de la Communication Panoramique, il y a un mot de passe, pour se reconnaitre entre eux. Ce mot est une phrase : "c'est ton opinion et je la respecte." Sur tout. Et n'importe quoi. Tout ce qui sort d'une bouche et qui commence par "je pense que"" je crois que" ou même simplement "je" devient sacralisé par l'attouchement divin d'une identité quelconque qui souvent n'est même pas sur de ce qu'elle vient de dire. Tout est gentiment égalisé, l'a priori côtoie l'étude, le sens commun trinque avec la pensée, le reflexe bat le carton avec la réflexion, tout ça dans la joie et la bonne humeur en costume de Disney avec un grand sourire parce qu'on est tooooooléééérants!!! regardez comment ils sont heureux les tolérants! et comme ils sont contents de pouvoir dire qu'ils en ont absolument et royalement rien à foutre de ce que pense quelqu'un d'autre! comme ça les amuse et leur évite d'ulcères!
Dans le royaume du Patouche, la Communication Panoramique tiens de la visite du musée. On reste là, les mains derrière le dos, à contempler des opinion accrochées sur un mur blanc, pas un cadre plus grand que l'autre, attention, c'est important, et on marche. On regarde. On profite du panorama.
Reconstitution:
(Dans un salon de Patouchiens, se prépare une Conversation Panoramique. Quatre personnes assises dans des fauteuils confortables, les jambes croisées diplomatiques, les mains non belligérantes aposées aux acoudoirs ou sur les genoux. Sur la table basse, le thé refroidit. Une grosse horloge assène ses bruits mécaniques. Une mouche vole dans le silence.
Au bout d'un quart d'heure, l'hôtesse prend la parole)
Hotesse: Je pense personnellement, et ça n'engage que moi, en toute humilité, que la mode de l'auto-fiction dont est accablée notre littérature contemporaine, attention quand je dis "accablée" c'est par trait d'humour, je conçois parfaitement qu'on puisse aimer ce type de littérature, tous les goûts sont dans la nature et ne se discutent pas, l'important c'est le plaisir qu'on y prend, est née, disai-je en parlant de l'auto-fiction, de la crise égotique qu'offre notre civilisation déclinante incapable de sortir de l'individualisme.
(la mouche tourne en bourdonnant)
Invité 1 : C'est ton opinion, et je la respecte.
(la mouche vient se poser sur le bord d'une tasse)
Invité 2: merci de nous avoir fait partager ta pensée.
(La mouche s'envole et se perche sur le coin de l'horloge)
Invité 3: c'est très joli, comme point de vue.
(La mouche fait sa toilette, toujours sur l'horloge dont les aiguilles tournent à oeil nu.)
Invité 1: je pense, personnellement, selon mon point de vue, que la meilleure façon de conclure le conflit Israelo-Palestinien est, le plus simplement du monde, et j'espère ne choquer personne par une apparence d'orgueil en simplifiant peut-être à outrance le problème, même si je pense, personnellement, que la simplicité est de mise, est très simplement, disai-je, de virer à coups de pieds dans le cul tous les Juifs, car ce conflit présente toutes les caractéristiques d'une maladie, ou d'une réaction chimique dont il faut supprimer un ingrédient pour que la réaction cesse, voyez comme mon opinion est consolidée par des arguments scientifiques, et nullement dictée par une aversion envers le sionisme, qui est une opinion comme une autre, et que je respecte.
Hotesse:C'est ton opinion, et je la respecte.
Invité 2: merci d'avoir partagé ta pensée.
Invité 3: c'est très joli, comme point de vue.
(la mouche vient bourdonner autour de la tête soigneusement frisée de l'hôtesse)
Invité 2: Personnellement, je tiens à préciser que c'est une habitude qui m'est propre et que je ne taxerai personne d'être mauvaise ménagère s'il elle ne la partage pas, je garde tous mes bas filés: lors de la lessive, j'y mets mes petites choses qui craignent, et sont ainsi préservées.
Invité 1: C'est ton opinion et je la respecte.
Hôtesse: merci d'avoir partagé ta pensée.
Invité 3: c'est très joli, comme point de vue.
(la mouche, encouragée par l'immobilité de l'hôtesse, bourdonne à ses oreilles)
L'hôtesse: une petite curiosité me prend, croyez bien que c'est très innocemment et sans la moindre arrière pensée que je demande cela, et d'ailleurs soyez bien sures de ma totale tolérance quelle que soit la réponse, mais cette curiosité me pique et me pousse à vous demander, en tout respect et sans obligation de me répondre si cette question heurte votre pudeur que je respecte, si l'une d'entre vous se trouve affiliée, est fidèle, croit ou est attirée par une de ces religions orientales qui prêtent une âme aux objets ou aux animaux, qui en deviennent à l'instant sacrés?
Invité 1: non, même si c'est une opinion, et que je la respecte
Invité 2: merci de partager ta curiosité, la réponse est non.
Invité 3: c'est un point de vue joli, mais je ne fais que le trouver joli.
l'hôtesse merci pour votre confiance qui ne fera, j'en suis sure, que resserer les liens étroits qui se tissent déjà entre nous.
(et d'un mouvement vigoureux, elle écrase la mouche qui explose en mille gouttes de lymphe blanche)
l'hôtesse: quelqu'un veut du thé?
Et ce n'est pas uniquement parce qu'on s'y fait grave chier que je n'aime pas la Communication Panoramique dérivée du Patouche. C'est aussi l'aveu que la majorité des personnes doit lutter contre son envie d'étriper proprement quiconque n'est pas de son avis. Le Patouche est la frilosité de personnes effrayées par leur propre capacité à la haine et qui s'en protègent derrière un sourire angélique et une surdité rigoureuse, car il est communément admis que les coups qu'on donne risquent de nous retomber sur la gueule.
J'aime pas les débats décoratifs.
"C'est ton opinion et je la respecte.
3merci d'avoir partagé ton point de vue
"C'est très joli, comme p....aïe!"
Bon, retournons à nos moutons, dit-elle en se massant la main. Enfin, nos brebis, les catho adorent les brebis, surtout celles qui s'égarrent, allez savoir pourquoi, peut-être que du coup ça leur donne une bonne occasion de courir après, les joues rouges, la tenue débraillée, la vie au grand air, quoi. Les athées aiment beaucoup aussi courir après les croyants qui courent après les brebis, même si là, la seule chose qui se perde, c'est des baffes, mais bon c'est tout aussi tonique.
Pourquoi les cathos en particuliers, me direz-vous, comme l'annonce mon titre. Déjà, simple observation. Je ne m'entends pas avec eux. Alors sur: je vis dans un pays à tradition catholique marquée, donc j'ai plus de chance de tomber sur eux, donc de m'engueuler avec eux. Si je vais faire un tour aux States, je reviendrais surement avec trois pages de pamphlets appelant à l'immolation de tous les Protestants et autres évangélistes, tient d'ailleurs je le fais, comme ça pas de jaloux.
Mais c'est pas seulement pour ça. Ils me font flipper. Vraiment. Sérieux. Déjà, ils ont obligation d'aimer. C'est dans leur livre, faut qu'ils aiment. Comme si pour eux, l'amour, c'était comme les oméga: leur corps le fabrique pas,. Doivent en faire l'importation. Et faut voir comment ils le distribuent, cet amour! à part quelle bouille sympathique qui ont trouvé la foi pour le fun plutôt que le paradis, ils sont une pub vivante pour des laxatifs.
J'ai toujours trouvé que Jésus en croix était un symbole parfait. "Vois, je suis devant toi, nu et sans armes; vois, je t'ouvre les bras, les bras bien grand, mais putain ça fait maaaaaaaaaaaaaaaaaaal!"
J'ai toujours eu cette impression. Une impression de retenue difficile à contenir. De "putain je te casserais bien la gueule, pauvre conne dégénérée qui ose me contredire, mais j'ai pas le droit, et pis t'as des lunettes." Parce que c'est agressif, cette race là. Comme les Rott. Dès que ça vous mord, ça vous lâche plus. Vous avez forcément déjà vécu cette situation. Mais si. Vous savez. Quelqu'un qui vous suit partout et veux A TOUTE FORCE vous convertir. Qui est persuadé qu'avec ses jets d'amour façon arme laser de héros de BD vous allez céder, Qu'à force de réciter des versets vous allez vous frapper le front d'un coup en disant "mais c'est bien sur! c'est la Vérité! Fichtre! comment ne m'en suis-je pas aperçu plus tôt! ça y est, j'ai la foi, merci à toi, c'est gentil de m'en avoir apporté."
Bon, des gros lourds, y'en a partout, certes. Mais ce que je trouve particulièrement insupportable dans ce type de prosélytisme, c'est qu'en brandissant haut leur foi, ils prouvent ainsi qu'ils ne l'ont pas. Ben oui. Si une foi nait d'arguments, ça s'appelle une opinion. Une conviction pour les caractères les plus chiants. La foi, la vraie, la pure, l'éthymologique, est l'aveu d'une parfaite absurdité, l'aveu que le croyant ne sait rien, ne pense rien, mais suit une Ecriture comme il aurait pu suivre une carte routière. Il a choisit, sans raison ni cause, et il en a conscience. La personne qui a vraiment, réellement la foi ne croit pas en l'existence de Dieu. Elle l'espère.
Pour la même raison, j'ai horreur des athées qui fondent leur foi par ce biais très prisé des arguments scientifiques, répondant à cet a priori que la religion nait d'une volonté d'expliquer des phénomènes biologiques, physiques et chimiques que les âges obscurs ne pouvaient comprendre. Primo, ça, c'est le rôle de la superstition et à la limite des mythes si on remonte très très loin. Pas de la faute de la religion si les croyants sont brouillons et ont souvent mélangé les deux. Secondo, c'est de l'hypocrisie pure. L'athéisme est une religion comme une autre. Ils se définissent souvent comme ne croyant pas à l'existence de Dieu. En réalité, ils croient à sa non-existence. Et c'est une foi. Comme pour l'autre camp, ils peuvent rien prouver, rien vérifier. Perso, je suis agnostique, parce que je me contente de ne pas croire, et que ça m'évite pas mal d'emmerdes.
En parlant d'hypocrisie, j'ai une sainte (hi hi!) horreur de cette petite plainte en fond sonore qui agace les dents de toute personne étant obligée de subir le discours d'un croyant en pleine transe d'avoir peut-être trouvé un nouvel ami à ajouter à Facebook. Celle qui glisse qu'en restant enfermé dans notre incroyance crasse, on se prive de quelque chose. A les entendre, la foi a des effets similaire à la LSD: on voit Dieu partout, les couleurs sont plus intenses comme si avait lavé le monde avec Ariel, l'amour c'est plus l'amour, mais l'Amour ce qui a vachement une autre gueule, ect... Et ils ont pitié de nous, les pauvres! comme ils nous regardent avec leur sourire réglementaire et leur mine désolée! Moi je dis: leur foi est un condiment, le sel qu'ils ont ajouté au monde, pour le trouver à leur goût. Leur amour universel est né d'une incapacité à apprendre à aimer ce qu'ils ont sous les yeux, alors ils mettent Dieu devant façon calque pour regarder par transparence et trouver ça joli. Ce sont des myopes qui expliquent patiemment à une bonne vue qu'il doit se l'abimer pour porter des lunettes.
J'ai toujours fui les drogues avec soin, mais moins les drogués, et je retrouve parfois les mêmes phrases, les mêmes expressions: c'est une expérience, on voit le monde différement, ça apporte beaucoup dans les relations avec les gens (pourquoi toute personne cherchant à me convaincre du bien fondé de leur marotte insistent tant sur mes rapports aux gens? ) ça apaise et calme les angoisses, ça permet un autre point de vue et donc de s'enrichir ect...
Et surtout, SURTOUT ce sont les rois du Patouche. Mais un Patouche spécial. On a juste le droit de Patoucher à eux.
Et pourquoi les mystiques, ça passe, hein? hey ho, t'as pas l'impression que cet article est déjà trois fois trop long? si t'insiste, je te dirais pourquoi, mais en attendant, moi je vais me coucher.
October 12 tout ce qu'on ne dit pasTout ce que l'on tait, qui glisse sur les courbes du coeur, qui s'infiltre dans les fibres, s'insunue, se glisse entre deux sangs,, qui tombe au goutte à goutte, se distille, fermente et gonfle en mille bulles d'amertume. Le coeur gros.
Et on peut la garder longtemps, ce coeur plein comme une outre, ce coeur qui goutte et transpire. Toute une vie, peut-être.
Mais parfois, une image, un mot, une trahison. Qui presse contre le coeur, le prend et le presse, et tout jaillit. Le coeur serré.
Tout ce que j'ai pu taire en savourant mon silence. La fierté de mon silence.
Ta fierté d'aujourd'hui sera ton regret de demain.
La vie est une suite d'échec qui prennent beaucoup et de succès qui n'apportent rien.
Je suis une intellectuelle cas ma peau a peur du froid. De la saleté. De l'avilissement. J'ai eu peur, pendant si longtemps, des coups qui entaillent, qui nous enlèvent chaque jour un petit morceau de chair.
A force de vouloir sauver ma peau j'ai perdu mon âme.
--------------------------
Ô mes frères, mes fous. Je contemple votre folie et m'y réchauffe. Faut-il écouter les conseils des gens qui ne sont pas malheureux? Il y en a tellement, de ces gens qui ne sont pas malheureux. Ca grouille, et ça m'effraie. Je n'ai rien contre eux, mais je ne veux pas qu'ils me touchent.
Que faire lorsqu'on se pressent d'une autre essence que tout autre? d'une essence différente même de ceux qui, habituellement, se disent différents?
Que faire lorsqu'on ne peut plus rejoindre les rangs de ceux qui ont quitté les rangs?
Ann Hidden est décrite au détour d'un chapitre à la manière du coeur jaune et moelleux d'une paquerette. Ses pétales sont ses amis, ses rencontres. Chaque pétale se lie à elle par la petite base un peu plus dure: Ann est ainsi. Ann est comme ça. Ce que je sais d'Ann, c'est cela. Chaque pétale se trompe, mais sans eux, pas de fleur,et pas de coeur, jaune et moelleux. On la connait comme on effeuille. Je t'aime, un peu, beaucoup, absurdement.
Nous sommes un coeur de minuscules fibres qui nous lient à d'autres coeurs de fibres, et chacun s'"accroche à ce qu'il sait, croyant qu'en sachant il connait. Ainsi est quand nous aimons.
Soit nous aimons et sommes fragmentaires, explosés. Soit nous n'aimons pas et sommes unis, pleins, mais incomplets. Ainsi est.
Je regarde mes fous et y vois d'autant mieux ma raison. J'aime un funambule. De cela qui est surpris? J'aime le potentiel et la bascule. Quand tout est encore parfait. Les aubes et les crépuscules. J'aime la marche de la chute.
Si un jour je me jette du haut de la falaise,je le ferai les mains dans les poches, la clope au bec.
--------------------------
Je sais pas vous, mais moi j'ai horreur de cette nouvelle habitude informatique qui veut nous mettre notre prénom sur la page "profil" de nos blogs. J'ai aimé m'apeller Fuchsia un peu partout. J'aime donner des noms aux différentes voix qui s'entrechoquent dans ma solitude et que je nomme pompeusement mon esprit. Fuchsia. Ratio. Et la Chienne, bien entendu. Je n'aime pas mon prénom. Je n'ai jamais aimé ce qu'on a voulu faire de moi, celles qu'on a voulu faire de moi, et que je m'efforçais de mimer, parfois. J'aurai aimé être méchante. Je n'ai jamais été innocente ni cruelle. Je n'ai jamais été enfant.
Toutes les mains qui se tendaient vers moi, pressées de toucher mon coeur, pressées de toucher mon essence, d'être mes pétales fibreux, d'être ma collerette et que je sois la leur, ces mains griffues, avides, nerveuses - je leur glissais quelque lien en leur paume, le premier qui me venait, et les mains satisfaites s'éloignaient, serrant en leur poing une corde qui ne reliaient à rien. Trop occupés à se poser des questions sur moi pour voir que je ne leur répondais pas.
Ceux qui me connaissent le mieux savent une chose en plus de ceux qui ne me connaissent pas. Juste une. Ils savent qu'ils ne savent rien de moi.
Ils savent de moi tout ce que je ne dis pas.
J'ai aimé m'appeler Fuchsia car j'en avais besoin. Peut-être qu'en réalité je ne suis pas raisonnable. Peut-être n'ai-je qu'une forme de folie très organisée. Bien propre, bien rangée et très pure. Mes fous aiment le chaos. J'aime le vide. Ils aiment le feu et le sang. Oui, j'aime le sang, mais je préfère la glace.
Un jour, je vous raconterai.
Une folie, une folie froide et tranchante, et un rire de monstre au dessus de tout cela. Ainsi suis-je. Ainsi est un fragment de moi, un pétale fibreux caché en mon coeur de neige, et qui n'appartient à personne.
---------------------------
"Qu'est-ce qu'on va faire de toi?" disaient les grands quand je n'étais pas grande. Je détestais cette question. J'étais plus sensible qu'intelligente, alors je me sentais incapable. Puis, quand je fus intelligente, j'ai pensé "cette question, vous la posez d'un ton sévère et critique, pour vous en débarrasser, l'expluser bien proprement. Car c'est une question honnète, les seuls questionements insupportables. Vous ne savez pas quoi faire de moi, non que je sois capable de rien, mais parce que je m'échappe de tout. Ce qui est chez vous un jardin secret est chez moi une forêt, une mer, un continent. Je me glisse entre les failles de vos éducations, vos enseignements. Je peux ressembler à tout le monde. Je le peux, car je ne ressemble à personne. Car je ne vous ressemble pas. Vous n'êtes pas habitués à être seuls, et ne voyez pas que je suis seule avec vous tous. Ce que vous appelez nos rapports, nos échanges, ne sont qu'une course. Vous me courrez après et j'ai toujours une longueur d'avance sur vous."
Je suis toujours prête à aimer de tout mon coeur. A donner tout mon amour à celui qui ne me réclame pas. Tu me l'as demandé Funambule, tu n'as pas fait exprès, mais tu le regretteras longtemps.
---------------------------
A la télévision je vois des gens. La journaliste a dit "un transferment". A la télévision je vois des gens qui chantent des airs que j'ignore, dansent ensemble sur des pas que je ne connais pas. Vus d'en haut, ils ressemblent à un champ de blé qui ondulent sous le vent. C'est joli, mais je préfère le blé, mais je préfère le vent.
Je n'ai jamais été enfant, mais j'ai été jeune. Quand j'étais jeune s'est amoicée cette mode chez le lycéens de manifester comme les grands de la fac. Je ne sais plus pourquoi nous manifestions, pourquoi nous nous agrippions les uns aux autres, pourquoi nous nous appelions les uns les autres, pour brailler ensemble les mêmes slogans. Mais je savais pourquoi j'adorais cela. Solal! En être! tellement en être! Etre parmi eux, comme eux, soeur et amie et inconnue et semblable et être pour une fois si peu moi et tellement comme les autres, et parler à des autres - oh, une seconde, une minute - des autres qui me savaient là et ne voulaient pas me chasser, des autres pour qui ma simple présence me faisait à leur ressemblance. C'était quelques jours, mais c'était bon.
Ainsi naissent les flammes adolescentes. Les révolutions de 17 ans. Ainsi nait l'étincelle qui brille dans la nuit, qui la parfume avec éclat, avant d'être soufflée par un temps qui passe, tandis que sur notre visage se creusent les rides et blanchissent les cheveux, à contempler une volute de fumée. |
||||
|
|